Un cadran pour les gouverner tous

oblozhka_amfibiya_dlya_sajta-3.jpgNon, pas de Sauron ici, pas d’Orques, de Ents ou de Nains… Mais les flammes du Mordor auraient pu servir à alimenter la forge qui créa ces cadrans. D’acier trempé dans les flammes de la montagne du Destin, découvrez avec nous pourquoi ce bijou pourrait les gouverner tous…

Aujourd’hui, chers lecteurs, nous faisons un petit détour au Tatarstan afin d’y découvrir une usine de mécanique pas comme les autres.

De la mécanique de pointe, des outils d’une extrême précision, afin de faire battre de petits cœurs métalliques à nos poignets (pour ceux, notamment, qui n’ont pas les moyens de s’offrir une tocante suisse…). Nous nous rendons aujourd’hui à la ЧЧЗ (prononcez Tchéchézé), l’Usine d’Horlogerie de Tchistopol. Une usine pleine d’histoire et de talents, pour une production qui bouscule les habitudes européennes de l’horlogerie. Avant toute chose, vous pouvez jeter un œil (et le bon !) sur leur site officiel, où toute leur production est exposée, notamment les montres de la marque VOSTOK ! En russe, par contre…

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Un peu d’histoire

Destinée à doter la puissante armée soviétique d’outils d’horlogerie de précision, la 2nde Unité d’Horlogerie de Moscou était dotée d’un statut particulier. En prévention du siège de Moscou par l’armée Nazie et du fait de son caractère hautement stratégique, décision est prise de rapatrier l’usine dans une zone plus éloignée des combats, à Tchistopol, au Tatarstan.

Tout commence à l’automne 1941. Démontée puis chargée dans 170 wagons de train, la 2nde Unité d’Horlogerie Moscovite arrive par chemin de fer à Kazan, une partie des machines étant également transportée par voie fluviale ou aérienne. Une fois tout le matériel arrivé à Kazan, on le charge sur des barges vers leur destination finale : Tchistopol (le premier chargement arrive sur place le 10 novembre 1941). Manque de chance, les tranferts prennent plus de temps que prévu, et la Kama, le fleuve qui serpente autour de Chistopol, est conquis par les glaces. Les derniers équipements seront livrés, par – 40 °C en février 1942, à l’aide de chevaux sur les routes glacées autour de la Kama…

En plus de tout l’équipement, ce sont quelque 488 spécialistes moscovites qui viennent s’installer à Tchistopol pour continuer la production. Cependant, vu le nombre de commandes d’état, les effectifs ne suffisent pas : on embarque dans l’aventure des adolescents de 14/15 ans, qui, pour la plupart, feront de l’horlogerie leur profession.

Durant la guerre, l’activité principale de l’usine sera la production de mécanismes de retardement pour grenades anti-char et de l’horlogerie embarquée à l’intérieur des tanks (c’est censé être plutôt précis, ce genre de trucs). Sur commande spéciale, on y façonnera également des mines à dispositif de retardement allant jusqu’à 60 jours, des instruments de mesure de la consommation en carburant pour les aéronefs, des pièces de torpilles, des instruments de mesure météorologiques…

A l’épreuve du temps.

Cela fait près de 80 ans maintenant que l’usine produit des montres mécaniques pour hommes (et désormais, également, une gamme exprès pour vous, mesdames). Les meilleurs horlogers de Tchistopol sont issus de l’époque troublée de la 2nde Guerre Mondiale, où le patriotisme exacerbé (n’oublions pas que les Russes l’appellent aujourd’hui encore « La Grande Guerre Patriotique ») et la lutte contre le nazisme les ont poussé à se surpasser dans leur art. Ils resteront une véritable référence pour les générations de spécialistes à venir.

En 1965, la ЧЧЗ devient le fournisseur officiel de montres du Ministère de la Défense, dopant substantiellement sa production. La série des montres « Komandirskie » acquiert notamment une grande popularité auprès des officiers, de part leur côté pratique, leur robustesse et leur fiabilité.

Sur Terre, sur mer, et même dans l’espace…

C’est en 1967, sur commande de la Marine Soviétique, que sera développée la première série des célèbres montres « Amfibia », qui sont devenues le véritable symbole de la ЧЧЗ et de l’industrie horlogère soviétique des années 70. Capables de faire leur office jusqu’à des profondeurs vertigineuses (200 m, 20 ATM) et dans les conditions climatiques les plus extrêmes en termes de changements de température ou de pression, ces montres sont une référence compte tenu de leur coût très modique.

Dans les années 70, pour aller encore plus loin dans les abysses, des tocantes pouvant descendre jusqu’à 300 m seront conçues pour équiper les meilleurs plongeurs soviétiques.

Et en 1975, sky is no more the limit lorsqu’une montre « Amfibia » s’envole à bord du vaisseau Soyouz-17, au poignet de l’ingénieur cosmique Gueorguy GRETCHKO, pour rejoindre la station orbitale Salyut-4, où elle indiquera l’heure avec précision pendant les 29 jours de la mission (ce qui, rappelons-le, n’est pas une mince affaire dans l’espace, où la gravité n’a plus prise !).

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Toujours un temps d’avance.

A l’heure actuelle, la ЧЧЗ est la seule usine d’horlogerie en Russie qui maîtrise de A à Я son circuit de production de mécanismes, et de montres.

La marque Vostok se démarque particulièrement, puisqu’elle est capable de respecter les standards européens tout en conservant un prix… russe. Et tout cela en embarquant les meilleures technologies en la matière (mécanismes d’échappement à la mode suisse, métaux de qualité, système anti-chocs) et a reçu de nombreux prix internationaux.

Pour finir, quelques chiffres…

93 % des composants et de la fabrication des montres sur le site de Tchistopol

450 employés dans une usine gigantesque de 6166,5 m²

939 machines-outils

7 pays touchés par l’export

218 pièces pour faire 1 mécanisme de montre

 

Si avec tout ça, on n’a pas réussi à vous donner envie d’en acheter une…

Franco-russement vôtre !

L’équipe de l’EFR

 

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