Le Systema : une vaste arnaque ?

Cet article au titre péremptoire est dédié à tous ceux qui estiment que le Systema, c’est du flan.

C’est ce qu’on peut lire assez fréquemment, ou voir dans certaines vidéos « d’experts » en arts martiaux qui cassent sans ménagement du sucre sur le dos des méthodes de Ryabko (moins de Vassiliev). J’ai moi-même eu l’immense plaisir de rencontrer Vladimir Vassiliev à Nantes ce week-end, pour un séminaire, et le bonhomme a changé ma vision de la chose d’une manière assez radicale.

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Cela m’a permis de relativiser grandement tout ce que j’ai pu lire ou voir jusqu’à présent sur le net, notamment concernant Ryabko puisque nous avons longuement parlé de lui (ayant la chance d’être l’unique russophone de l’assemblée, j’ai pu vivre ces deux jours au plus près du Big Boss, et nous avons eu l’occasion de causer pas mal). Je dois avouer qu’après avoir rencontré le Systema un peu par hasard, ayant auparavant pratiqué activement le Hapkido coréen, j’ai d’abord été enchanté par la méthode, la manière de voir les choses, l’adaptation nécessaire à l’environnement, le relâchement.

Passée cette phase d’euphorie martiale relative, j’ai commencé à me documenter sur la question en passant sur le net (français et russe), et ai été pas mal choqué parce que j’ai pu y trouver : un pope expliquant la méthode Ryabko comme relevant du domaine d’une secte, plusieurs « experts » karatéka, sambistes, et autres, démontant consciencieusement les vidéos de Ryabko que l’on trouve çà et là sur youtube, rutube, vkontakte et consorts. Sans parler des nombreux commentaires russophobes et grossophobes à la suite des vidéos de démo sur youtube… Mon enthousiasme en a alors pris un méchant coup, et je me suis demandé ce que je faisais là. Et pour cause, la mécanique bien huilée de ces vidéos avait de quoi mettre la puce à l’oreille : regardez ce balourd qui nous cause de religion, de spiritualité, confit dans sa graisse tout en mettant de grandes patates au plexus de gars qui se relèvent béats, le sourire jusqu’aux oreilles, avant de se prendre deux ou trois coups de fouet cosaque en travers de la face.

Effectivement, présenté sous cet angle, on peut se poser de nombreuses questions.

Après un séminaire avec Vassiliev, les réponses sont venues d’elles-mêmes et mes doutes se sont évanouis. Il faut dire que le personnage est exceptionnel, tant du point de vue martial qu’humain. Quand je l’ai vu rentrer dans la salle, mis à part le fait qu’il est assez grand (1m80 environ, je dirais), Vladimir n’est pas particulièrement costaud et pourtant il est impressionnant. Le visage posé, souriant, les cheveux poivre et sel, un regard profond et tranquille. Ce qui frappe avant tout, c’est son aptitude à se mouvoir sans la moindre tension, y compris émotionnelle. Le gars sait ce qu’il fait, et sait ce que les autres autour de lui font. Constamment. Il rayonne tout à la fois d’humilité et de confiance en soi.

Vladimir est en permanence sur le qui-vive, et pourtant sans que cela ne génère en lui la moindre tension. On peut lui reprocher son anglais approximatif bien qu’il vive à Toronto depuis quelque temps déjà, en ce qui me concerne j’ai eu l’occasion de beaucoup discuter avec lui dans sa langue maternelle et c’est une tout autre histoire. Vladimir est prévenant, attentif, et très habile pour transmettre son savoir. A observer la façon dont les 150 personnes de l’assemblée l’ont accueilli à son arrivée, on avait l’impression que Bruce Lee ressuscitait d’entre les morts. La pratique lors du stage a démontré qu’effectivement, le qualificatif de légende vivante que certains utilisent au sujet de Vassiliev n’est pas usurpé. C’est un pro, un vrai, et le doute n’est pas possible.

Et Ryabko dans tout ça ? Rien qu’à voir le sourire amical de Vladimir lorsqu’il parle de son mentor et ami Mikhail, on comprend tout. Vladimir, caché derrière son sourire profond et sincère, est humble dans sa pratique, mais tout le monde s’accorde à dire qu’il est THE Big boss. Et quand le Big boss parle de Ryabko, on croirait un gamin devant la maîtresse le premier jour d’école. Imaginer alors le niveau du bonhomme relève de la fantasy.

 

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