Les ninjas insaisissables du Caucase

Penser à la Géorgie, c’est penser avant tout à l’art de la vigne, à la bonne chair, aux chants et aux danses qui durent jusqu’au matin… On oublie cependant, que cette terre bénie des Dieux (vous saurez pourquoi dans un instant), véritable paradis terrestre, est également riche de traditions martiales séculaires…

Dieu réunit autour de sa table toutes les nationalités : le Français arrive avec sa baguette et son béret, le Russe avec son ours domestique, l’Espagnol avec son costume cousu d’or. Le grand barbu auréolé leur dit :

« Voici la carte du Monde que j’ai créé. Chacun d’entre vous va devoir choisir un pays afin d’y installer son peuple.

-Moi je veux celui-ci, annonce le Français en pointant un pays en forme d’hexagone du bout de sa baguette.

-Et moi, tranche le Russe, le grand pays, là. »

Chacun son tour, chaque représentant national pose son doigt sur la carte et désigne la Terre qui sera la sienne. Le Géorgien, lui, avait apporté dans son escarcelle une bouteille de vin succulente et avait entrepris de la vider consciencieusement… Un peu gris, il se réveille le dernier alors que tous les autres sont déjà passé prendre leur part du gâteau.

« Et moi, fit-il d’un air hagard, je n’ai pas encore choisi !?

Dieu le regarde en haussant un sourcil.

-Tu arrives trop tard, mon ami… Les autres ont déjà tout pris, il ne me reste plus rien pour toi…

-Comment est-ce possible ? Que faire ? Qu’allons-nous devenir ? Serons-nous un peuple sans Terre ? »

Le grand architecte lui jette un regard circonspect, puis soupire.

« Bon, voilà ce que je te propose… Tu vois ce petit pays, là ? (Il montre la Géorgie) Je l’avais gardé pour moi mais… prends-le ! »

C’est ainsi que les Géorgiens héritèrent du Paradis sur Terre… Du moins c’est ce que dit la légende (et comme quoi, finalement, picoler, ça a du bon… hum, l’alcool est mauvais pour la santé, consommez-le avec modération !)

Bien évidemment, ce Paradis, fertile à souhait, a su attirer rapidement les regards envieux, et les Géorgiens ont dû faire face, alors que leur population est loin d’être la plus nombreuse du Caucase, à de fréquentes attaques de la part de ses voisins…

Souvent occupée, la Géorgie a appris à se défendre principalement grâce à des méthodes de résistance. Inférieurs en nombre, les Géorgiens ont dû s’adapter et développer des techniques, permettant de s’en prendre à des adversaires supérieurs en nombre et en équipement, qui s’apparentent beaucoup à une guérilla nocturne. Les Boucliers Noirs sont nés.

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Les arts martiaux traditionnels géorgiens sont un savant mélange d’éléments de boxe, de lutte et d’escrime. Depuis la chute de l’URSS en 1991, ils se développent et gagnent de plus en plus de popularité. Les Boucliers Noirs (prononcez « Chavparosnébi » en Géorgien) portent ce nom pour une raison simple : sous couvert de la nuit, les guerriers barbouillaient leur visage de noir et enduisaient leur équipement d’un onguent de cette couleur, afin de ne pas être trahi par les reflets de la lune…

Les Boucliers Noirs ont développé, conflit après conflit, un panel concret de techniques martiales, qui font penser à la fois au karaté, au jiu-jitsu et à d’autres arts martiaux orientaux. Il existe cependant des différences notables : dans certaines zones de haute montagne en Géorgie, les guerriers préféraient se battre avec le « kinzhal », sorte de long poignard effilé, à cause du terrain : les combats avaient principalement lieu sur des sentiers de montagnes, étroits et escarpés, ce qui interdisait l’usage efficace des épées longues. Dans d’autres zones de montagne, comme la Svanetiya au nord-ouest de la Géorgie, on portait de solides couvre-chefs fabriqués à partir de feutre pressé afin de se protéger des coups de kinzhal tout en conservant légèreté et mobilité.

L’essor des armes à feu a petit à petit relégué au second rang ces techniques de combat ancestrales…

C’est un petit groupe de passionnés éclectique, aux professions diverses, qui remet au goût du jour la pratique de ces arts alors que l’Union soviétique achève de s’effondrer. Arpentant les musées et les bibliothèques, et se rendant dans les villages les plus reculés de Géorgie où étaient encore ancrées les vieilles traditions, sous la direction de Guéorgui TSITSRIACHVILI, ce groupe est parvenu à remettre sur le devant de la scène un art martial pratiquement oublié.

Tout d’abord pratiqués uniquement pour leur intérêt sportif, le groupe de passionné a ensuite compris que, sous ces arts martiaux, se cachait une véritable philosophie. Comme tout maître d’arts martiaux oriental, un Bouclier Noir enseignait à ses élèves à se battre tout en leur transmettant une véritable idéologie… à ceci près que, contrairement aux arts martiaux Japonais ou Chinois, il ne s’agissait pas d’une idéologie propre à l’enseignant, mais plutôt d’une véritable sagesse issue de l’expérience de tout un peuple. On y retrouvait notamment tout un tas de notions concernant l’honneur, le respect et le patriotisme. Ces enseignements passaient d’une génération à l’autre par voie orale sous forme de chants et de contes, que les anciens (qui représentent une autorité incontestée en Géorgie comme dans l’ensemble du Caucase) transmettaient aux plus jeunes.

Une grande part des enseignements des Boucliers Noirs est lié à l’acceptation des contraintes psychologiques et physiques liées à l’entraînement, qui a lieu exclusivement en extérieur sans tenir compte de la météo… Dans le cadre des cours, il n’est pas rare que les Boucliers Noirs en devenir soient amenés à partir en pleine nuit, dans les forêts en banlieue de Tbilissi, afin de tenter d’y retrouver des artefacts cachés par leurs instructeurs…

Intéressés vous aussi par des entraînements à la dure ? Venez participer avec nous aux cours 100 % outdoor dispensés par Daniel PUREN, instructeur de Systema Atlantique, à Rezé tous les samedis matins !

Martialement vôtre,

L’équipe de l’EFR

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