20 dures réalités de l’apprentissage du Russe…

  1. Vous observez les 33 signes de l’alphabet cyrillique, et vous trouvez ça magnifique. Vous pensez (naïf ?) qu’il s’agit de la barrière la plus dure à franchir, et que le reste viendra tout seul…
  2. Vous réussissez enfin, après plusieurs cours, à lire et à bredouiller des mots simples comme « волк », « водка » ou « день » sans vous faire une élongation de la mâchoire. Bientôt Dostoïevski vous regardera depuis sa place au paradis d’un air admiratif…
  3. Vous commencez à comprendre l’erreur réalisée au N°1 : l’alphabet, c’est la partie émergée de l’iceberg…
  4. Vous entamez les prononciations complexes : pour le faire le « Ы », imaginez qu’on vient de vous mettre un bon coup de poing dans l’estomac… et pour le « Х », que vous tentez de faire de la buée en soufflant sur un miroir…
  5. Au bout d’un mois d’effort, vous arrivez enfin à dire un « salut » correct. Vous n’avez pas encore appris à dire comment vous vous appelez (c’est encore trop tôt, on vous préserve…)
  6. Vous galérez à tenter de comprendre la différence entre le ш, le щ (si si, ils sont différents, regardez, y’en a un qui a une p’tite queue !), le ц et ч. Vous décidez de les prononcer tous pareils, on verra pas la différence…
  7. Vous tentez de communiquer avec un représentant de la langue russe, un vrai, un spécimen qui vous est tombé par hasard sous la main. Vous êtes surpris de constater que quoi que vous disiez, il ne comprend que dalle. Vous décidez de revoir votre idée géniale du N°6…
  8. Vous commencez à comprendre l’intérêt du signe mou « ь » et du signe dur « ъ » (si si, ils sont différents, regardez, y’en a un qui a une p’tite queue ! J’ai comme une impression de déjà vu…). Et vous commencez à les détester.
  9. La serveuse du buffet de l’université vous jette un regard circonspect lorsque vous lui commandez une vodotchka au lieu d’une vaditchka (Vous vouliez de l’eau, et vous venez de demander une vodka. Il est 11h17. Solitude.)
  10. Vous commencez à comprendre le concept de « neutre », en plus du masculin et du féminin. Le fauteuil, il a pô de sexe, la mer non plus, le soleil non plus. Par contre, la Lune c’est une fille, la table un mec, le vase une fille. Et la soupe, un mec aussi… Oh my god…
  11. Vous venez d’apprendre avec brio deux cas des déclinaisons : le nominatif et l’accusatif ! Bravo ! Vous êtes si fier de vous. Il en reste encore 4…
  12. Vous tentez, avec votre bagage naissant, une petite traduction. Comme on dit en anglais : « epic fail ». Les grammaires russe et française vous détestent, vos yeux saignent.
  13. Vous maîtrisez enfin le génitif ! Le troisième cas ! Ça fait maintenant trois mois que vous apprenez le russe, et vous pouvez enfin apprendre à dire comment vous vous appelez. « J’aimerais pouvoir dire l’heure aussi ? – Niet, ça se sera d’ici un ou deux ans ! »
  14. Vous entamez les verbes, le prof vous annonce fièrement qu’en russe, on ne conjugue qu’à deux temps. Hourra, enfin un truc facile !
  15. Et puis, c’est le drame. Vous apprenez que pour chaque action, il y a deux verbes, qui la plupart du temps ne se ressemblent pas le moins du monde…
  16. … Et que si vous les conjuguez au passé, ça va, mais au présent, l’un a valeur de présent (normal, non ?) et l’autre, c’est du futur ? (Gné ?)
  17. Après votre sortie provisoire de l’asile psychiatrique le plus proche, on vous demande d’apprendre les verbes de position. Vous apprenez qu’en Russe on ne plante pas les choux, mais on les assied. Les oiseaux sont … assis, sur les branches de l’arbre, qui lui est debout. Le verre sur la table, il est debout lui aussi, pendant que ces fainéants de couverts, eux, sont allongés.
  18. Après une seconde sortie provisoire, vous apprenez que le russe est aussi à cheval sur les verbes de déplacement que de position. Nous on prend le train, l’avion, le bus et on marche à pied. Le russe a une bonne quinzaine de verbes différents pour toutes ces actions… Sont fous, ces Russes !
  19. C’est le drame. En mettant mal l’accent sur un mot, vous venez de raconter à votre prof que vous avez passé la soirée à pisser, plutôt qu’à écrire. Vous perdez deux points de charisme.
  20. Mais vous ne perdez pas espoir ! Vous persévérez et devenez un véritable russophone ! Après de nombreuses années de labeur, plusieurs passages à l’asile, de longues minutes de solitude et de honte, vous êtes prêts ! Et quand on vous demande quelle langue vous parlez, vous bombez le torse et dites fièrement « le Russe ! » (vous pourrez désormais snober un peu ceux qui ont pris espagnol, au collège, et disserter des heures avec les japonisants ou les sinophones pour savoir laquelle de ces trois langues est la plus dure…). Mais le russe est trompeur, et dès qu’il le pourra, et malgré vos années de pratique, il vous mettra des bâtons dans les roues ! Un instant d’égarement, une minute de répit, et boum… le mauvais accent. Le mauvais verbe. La honte. La solitude. Éternelle remise en question….
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