De l’art de bien chier en Entreprise

L’auteur de ce texte, un ami russe des collaborateurs du site, qui désire rester anonyme, est un génie qui nous pond parfois ce genre de pépites. Nous nous contenterons de préciser qu’il s’agit d’un homme d’une quarantaine d’années. Nous n’avons pas pu résister à l’envie de vous faire partager ce texte croustillant, désopilant et finalement à peine exagéré (un peu cru peut-être ?). Nous espérons que sa traduction en Français aura conservé toute la fougue du texte original et vous souhaitons une excellente lecture.

Par I.P.A

C’est un fait : en entreprise, au bureau de manière générale, on se fait chier. Les patrons sont des chieurs, les clients sont des chieurs, les collègues sont des chieurs. Je me suis dit un jour : « puisqu’on s’y fait chier au sens figuré, pourquoi ne pas s’attarder aux moments où l’on s’y fait chier au sens propre (façon de parler) ? » J’ai donc pondu cette réponse, tranquillement installé sur le trône avec mon Mac, pendant que les minutes de ma journée de travail s’égrainaient lentement, et que parallèlement mon salaire s’engrangeait. Ainsi émergea ma première conclusion.

Payé pour chier (ou le Retour à l’Envoyeur)

Afin de rendre l’exercice encore plus agréable (c’est déjà bien sympa de se délester aux frais de la princesse, sur son temps de travail), pensez que les minutes que vous passez sur le trône vous rapportent ! Si je calcule mon salaire de 42500 roubles et des brouettes par mois, et en le divisant en heures… Sachant que je vais passer environ 9 heures par jour sous la férule de mon enfoiré de patron (pléonasme), donc environ 20 x 9 heures dans le mois. Ce qui nous ramène à 20 x 9 x 60 = 10.800 minutes. En sachant qu’un passage sur le trône m’occupe facilement dix minutes, et compte tenu du salaire susmentionné, voilà donc le chiffre fétiche : 39,35 roubles.

A chaque fois que je pose ma pêche, je repars avec 40 roubles de plus en poche. Sans compter les économies de papier, et le plaisir de pourrir les chiottes juste après le déjeuner. Et ça, ça n’a pas de prix…

Mais difficile de chier peinard…

En revanche, mes camarades laborieux l’auront bien remarqué : l’entreprise moderne, avec son management moderne, sa boulimie de réunions aussi inutiles que leurs comptes rendus (ou que l’adjoint du chef de bureau), a tout prévu pour nous rendre la tâche la plus ardue possible.

Étroitesse des lieux. Confinement. Cloisons en carton, qui permettent de continuer à discuter tranquillement avec Tatiana de la compta tout en démoulant son cake. Emplacement jamais choisi au hasard, toujours devant l’entrée du bureau de Katia, la sublime secrétaire de direction pour qui tu as le béguin. Et qui saura pertinemment ce que tu as fait aux chiottes si tu y passes plus de 45 secondes.

Il vous faudra donc redoubler de ruse pour parvenir à vos fins, tout en restant digne. Voici les conseils d’une ceinture noire, le Maître Yoda du parachutage de bombe en loucedé.

  1. Guetter le moment propice : l’important, c’est que personne ne vous voie rentrer. Après vous pouvez toujours rester autant que vous voudrez… Si quelqu’un vient ébranler méchamment la poignée alors que vous êtes à la moitié du film, soyez patient. Un casse-burne lambda bureaucratique a un temps de latence d’environ 3 minutes, après lesquelles il se dirige immanquablement vers d’autres chiottes.
  2. Préparer le terrain. Tel Léon, nettoyeur, vous devez utiliser un silencieux. Mettez deux feuilles de papier à fleur d’eau, et deux autres perpendiculairement par-dessus, ce qui réduira l’impact et les projections.
  3. Si c’est la commission du siècle, ne pas vous laisser piéger : si vous tirez la chasse une seconde fois parce que le truc était trop gros pour partir, pas de secours possible. On saura que c’est vous ! Le management moderne nous offre une alternative : découpez un gros projet en plus petites tâches. Utilisez alors la méthode du coupe-cigare : faites des petits tronçons, et le tour est joué !
  4. Anticiper. Préparez la brosse et commencez à brosser lorsque la moitié de l’eau de la chasse a coulé (et que tout le bazar est parti), vous ne serez ainsi pas repéré par le bruit caractéristique… Et n’oubliez pas de garder une fraction de seconde pour un coup de pschit discrétos.

Voilà, l’affaire est réglée. Le seul impondérable possible, après cette frappe chirurgicale, c’est si vous vous trouvez né à né, en sortant, avec Katia, la secrétaire du chef, qui elle aussi veut occuper les lieux après votre passage.

Alors que vous venez tout juste de classer la zone en CEVESO 4.

N’attendez pas, réagissez ! (méthode éprouvée et infaillible !). Prenez un de vos regards les plus dégoûtés, regardez la belle droit dans les seins les yeux et dites « Non, Katia. Ne faites pas la même erreur que moi. J’avais la flemme d’aller aux chiottes à la compta, alors je me suis risqué ici. C’était la pire des erreurs de ma vie, ne faites pas la même que moi ». Vous gagnez 50 points d’XP et passez au niveau suivant.

Vous voilà désormais prêts à affronter votre journée de dur labeur avec un peu d’enthousiasme. Alors, pensez-y la prochaine fois, et comptez gaiment l’argent que vous gagnez en vous faisant du bien. Que demande le peuple ?

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